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Les classes produits services structurent le périmètre de protection des marques

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Le système international organise l’ensemble des activités économiques en 45 catégories standardisées à l’échelle mondiale. Cette nomenclature, établie par l’Arrangement de Nice de 1957 et régulièrement révisée, garantit une cohérence dans le traitement des dépôts de marques entre les différentes juridictions nationales. Chaque classe regroupe des produits ou services présentant une homogénéité fonctionnelle ou commerciale.

Le choix des classes produits services conditionne directement l’étendue matérielle de la protection obtenue. Une marque enregistrée en classe 25 (vêtements) ne protège pas contre une utilisation en classe 30 (produits alimentaires). Cette segmentation impose une réflexion stratégique lors du dépôt pour couvrir l’ensemble du périmètre d’exploitation actuel et projeté, sans générer de coûts inutiles pour des activités non pertinentes.

Structure générale de la classification

Les classes se répartissent entre produits (classes 1 à 34) et services (classes 35 à 45). Cette distinction fondamentale reflète la nature de l’activité économique : fabrication ou commercialisation de biens tangibles d’une part, prestations immatérielles d’autre part. Certaines activités combinent les deux dimensions et nécessitent des dépôts dans plusieurs classes pour une couverture complète.

Chaque classe comporte un intitulé général et une liste détaillée d’exemples de produits ou services inclus. Par exemple, la classe 9 couvre globalement les « appareils et instruments scientifiques, nautiques, géodésiques, photographiques, cinématographiques, optiques, de pesage, de mesurage, de signalisation, de contrôle, de secours et d’enseignement ». Cette formulation large se précise par des exemples : logiciels, applications mobiles, ordinateurs, smartphones, dispositifs de réalité virtuelle.

Évolution de la nomenclature

Le système connaît des mises à jour périodiques pour intégrer les innovations technologiques et les nouvelles formes d’activités. Les cryptomonnaies, les NFT ou les services de streaming vidéo ont ainsi été progressivement intégrés dans les classes appropriées. Ces révisions garantissent l’adéquation de la nomenclature avec l’économie contemporaine et facilitent l’examen des demandes par les offices nationaux.

Ces évolutions créent parfois des incertitudes lors de l’émergence de technologies disruptives. Les offices nationaux peuvent adopter des interprétations divergentes pendant une période transitoire, avant qu’une harmonisation internationale n’intervienne. Cette instabilité temporaire justifie le recours à des conseils spécialisés pour les dépôts dans des secteurs innovants.

Classes de produits (1 à 34)

Les classes 1 à 4 couvrent les matières premières et produits chimiques : produits chimiques industriels (classe 1), peintures (classe 2), préparations cosmétiques (classe 3), huiles et combustibles (classe 4). Les classes 5 à 14 regroupent produits pharmaceutiques, métaux communs, machines, outils, instruments. Les classes 15 à 28 incluent instruments de musique, articles de bureau, matériaux de construction, meubles, articles ménagers, cordes, textiles, vêtements, articles de sport.

Les classes 29 à 34 concernent les produits alimentaires et agricoles : viandes et poissons (classe 29), légumes et fruits transformés (également classe 29), café et thé (classe 30), produits agricoles bruts (classe 31), bières et boissons (classe 32), boissons alcoolisées hors bières (classe 33), tabac (classe 34). Cette segmentation alimentaire détaillée reflète l’importance économique de ce secteur et la nécessité d’une protection graduée selon les sous-catégories.

Chevauchements et subtilités

Certains produits peuvent théoriquement relever de plusieurs classes selon leur nature ou leur utilisation. Les logiciels enregistrés appartiennent à la classe 9, mais les services de fourniture de logiciels en ligne (SaaS) relèvent de la classe 42. Les vêtements ordinaires se rangent en classe 25, mais les vêtements de protection industrielle peuvent être revendiqués en classe 9. Ces subtilités imposent une rédaction précise du libellé pour éviter les ambiguïtés lors de l’examen par l’INPI.

L’Institut applique une jurisprudence administrative détaillée pour trancher ces situations limites. Un professionnel connaissant ces pratiques optimise le choix des classes produits services et la formulation des revendications pour maximiser la portée de la protection tout en respectant les critères d’acceptabilité.

Classes de services (35 à 45)

La classe 35 regroupe les services de publicité, de gestion commerciale et administrative. Elle couvre notamment les services de marketing, de gestion de fichiers informatisés, d’import-export, de vente au détail et en gros. Cette classe transversale s’applique à une large gamme d’activités de soutien aux entreprises, ce qui en fait l’une des plus fréquemment revendiquées.

Les classes 36 à 40 incluent assurances et finances (classe 36), construction et réparation (classe 37), télécommunications (classe 38), transport et entreposage (classe 39), traitement de matériaux (classe 40). Les classes 41 à 45 couvrent éducation et divertissement (classe 41), services scientifiques et technologiques (classe 42), restauration et hébergement temporaire (classe 43), services médicaux et juridiques (classe 44), services personnels et sociaux (classe 45).

Services numériques et classifications

L’économie numérique génère des interrogations récurrentes sur la classification appropriée. Les places de marché en ligne relèvent de la classe 35 (services de mise en relation commerciale). Les plateformes de streaming musical appartiennent à la classe 41 (divertissement). Les services de stockage cloud se rangent en classe 42 (services technologiques). Cette répartition sectorielle impose une analyse fine du modèle économique pour déterminer les classes pertinentes.

Certaines plateformes multiservices nécessitent des dépôts dans cinq à dix classes pour couvrir l’ensemble de leurs activités. Cette volumétrie génère des coûts significatifs mais garantit une protection complète face aux risques de contrefaçon sur chaque segment d’activité.

Stratégie de sélection des classes

Le tarif de base de l’INPI couvre trois classes pour 190 euros. Chaque classe supplémentaire ajoute 40 euros. Cette structure tarifaire incite à cibler précisément les activités réellement exercées ou envisagées à court terme. Un dépôt trop large génère des coûts sans utilité opérationnelle ; un dépôt trop étroit laisse des zones d’exploitation non sécurisées et expose à des dépôts concurrents parasitaires.

L’analyse stratégique considère trois périmètres : les activités actuellement exercées, les développements prévus à moyen terme (trois à cinq ans), et les extensions possibles pour bloquer des concurrents. Cette troisième dimension défensive reste légale à condition d’exercer effectivement les activités revendiquées dans les cinq ans suivant l’enregistrement, sous peine de déchéance pour non-usage.

Adaptation selon la taille de l’entreprise

Une microentreprise mono-activité se satisfait souvent de deux à trois classes ciblées. Une PME en croissance privilégie quatre à six classes couvrant ses activités actuelles et ses projets de diversification. Un groupe multinational peut enregistrer une marque principale dans quinze à vingt classes pour sécuriser l’ensemble de son périmètre d’intervention et bloquer toute appropriation par des tiers.

Cette différenciation reflète également les capacités d’investissement et les enjeux de valorisation de la marque. Un signe destiné à devenir un actif stratégique de l’entreprise justifie une protection extensive dès le dépôt initial. À l’inverse, une marque secondaire ou locale peut être protégée plus sélectivement, avec d’éventuelles extensions ultérieures selon les besoins.

Rédaction du libellé des produits et services

Au sein de chaque classe, le déposant doit préciser les produits ou services revendiqués. Une formulation trop générale (« tous les produits de la classe ») risque le rejet par l’INPI. Une formulation trop restrictive limite inutilement la portée de la protection. La rédaction optimale utilise les termes de la nomenclature officielle complétés par des spécifications adaptées à l’activité réelle.

Par exemple, en classe 25 (vêtements), plutôt que de revendiquer simplement « vêtements », il convient de détailler : « vêtements pour hommes, femmes et enfants ; tee-shirts ; pantalons ; robes ; vestes ; chaussures ; chapellerie ». Cette précision facilite l’examen par l’INPI et clarifie le périmètre de protection pour les tiers consultant le registre. Elle permet également d’exclure certains produits (par exemple les sous-vêtements) si l’activité ne les concerne pas.

Pièges rédactionnels à éviter

Certains termes génériques ou ambigus sont systématiquement rejetés. Les formules « et tous autres produits de la classe » ou « services connexes » sont considérées comme trop imprécises. Les termes trop techniques ou marketing (« solutions innovantes », « produits révolutionnaires ») n’ont aucune valeur classificatoire et entraînent des demandes de clarification.

L’INPI publie régulièrement des recommandations terminologiques pour guider les déposants. La consultation de ces référentiels avant la rédaction réduit les risques d’irrégularité. Un conseil en propriété industrielle maîtrise ces subtilités et optimise la formulation pour concilier étendue de la protection et acceptabilité administrative.

Conséquences sur les actions en contrefaçon

Lors d’un contentieux, le juge vérifie si les produits ou services litigieux relèvent des classes et du libellé revendiqués. Une contrefaçon alléguée hors du périmètre couvert ne peut être sanctionnée. Cette limite explique l’importance du choix initial des classes produits services : un dépôt lacunaire affaiblit les possibilités de défense ultérieures.

La jurisprudence interprète largement les libellés en tenant compte de la notion de similitude. Des produits appartenant à des classes différentes peuvent être considérés comme similaires s’ils répondent aux mêmes besoins ou empruntent les mêmes circuits de distribution. Cette souplesse judiciaire compense partiellement les limites de la segmentation classificatoire, sans toutefois l’annuler complètement.

Extension ultérieure du périmètre

Si l’entreprise développe de nouvelles activités non couvertes par le dépôt initial, un dépôt complémentaire dans les classes concernées s’impose. Ce nouveau dépôt bénéficie d’une antériorité distincte, potentiellement postérieure à des tiers ayant eux-mêmes déposé entre-temps. Cette perte d’antériorité justifie une anticipation stratégique dès le premier dépôt pour couvrir les développements prévisibles.

Certaines entreprises procèdent à des dépôts échelonnés : protection initiale sur les activités cœur, puis extensions successives au fil des diversifications. Cette approche pragmatique équilibre coûts immédiats et sécurisation progressive, tout en acceptant un risque résiduel sur les activités périphériques temporairement non couvertes.

Questions fréquentes

Peut-on modifier les classes après l’enregistrement ?

Non. Les classes et le libellé des produits ou services sont figés au moment du dépôt. Toute extension ultérieure nécessite un nouveau dépôt distinct. En revanche, il est possible de renoncer à certaines classes ou produits par une déclaration modificative, réduisant ainsi le périmètre de protection.

Comment savoir si une activité relève de la classe 35 ou 42 ?

La classe 35 couvre les services commerciaux et administratifs (marketing, vente, gestion). La classe 42 concerne les services technologiques et scientifiques (développement de logiciels, R&D, SaaS). Une même entreprise proposant à la fois une plateforme technique et des services de mise en relation doit revendiquer les deux classes pour une protection complète.

Faut-il revendiquer toutes les classes dans lesquelles on pourrait un jour exercer ?

Non. Le risque de déchéance pour non-usage limite cette stratégie. Seules les activités effectivement exercées dans les cinq ans suivant l’enregistrement restent protégées. Les classes produits services doivent correspondre à des projets concrets, pas à de simples hypothèses de diversification lointaine.

Le système de Nice est-il identique dans tous les pays ?

Oui, plus de 150 pays appliquent cette classification. Toutefois, certains offices nationaux conservent des spécificités d’interprétation pour des produits ou services particuliers. Une harmonisation complète n’est pas encore atteinte, notamment pour les innovations technologiques récentes où des divergences transitoires persistent.

Peut-on protéger une marque dans une classe sans y exercer d’activité actuellement ?

Oui, pendant cinq ans. Au-delà, tout tiers peut demander la déchéance pour non-usage de cette classe spécifique. La protection sera maintenue pour les classes effectivement exploitées et annulée pour les autres. Cette sanction partielle permet une adaptation progressive du portefeuille de marques à l’évolution réelle des activités.

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